Non mixité inclusive

être soi avec les siens

Mark Sparks

1/27/20263 min read

white concrete building during daytime
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Fantasy Farm est un lieu créé et géré par Mark, un homme cis gay dont la sensibilité et la réflexion personnelle l'ont toujours placé dans un rapport critique avec le patriarcat et le masculinisme dont il a souffert depuis l'enfance.

J'ai toujours été troublé par le masculinisme et le manque de sensibilité, que ce soit chez les personnes masculines ou féminines. Les micro-agressions, les inégalités, les abus de pouvoir – je les ai trop souvent observés et régulièrement dénoncés. Le traditionalisme et les discours moralisateurs sont truffés de contradictions et d'absurdités.

À cela s'ajoute un parcours scolaire lacunaire, marqué par des enseignements empreints de racisme et de colonialisme. Ma rééducation et ma déconstruction personnelle ont été essentielles et se poursuivent encore aujourd'hui.

Je n'ai pas suivi de cursus littéraire ou philosophique – ce qu'on appellerait une formation intellectuelle classique. J'ai étudié le commerce et la gestion, puis appris sur le terrain, au gré des rencontres : la seconde génération de migrants nord-africains au collège, ma propre bi-culture et celle de mes amis, les peuples premiers amérindiens lors d'une expérience professionnelle au Canada, l'Inde et l'islam en accompagnant des pèlerins de Mumbai à Djeddah comme steward du Hajj, la culture perse à travers mes employeurs pendant de nombreuses années, puis l'Inde à nouveau où je me suis découvert à travers l'hindouisme, le bouddhisme, d'autres courants spirituels asiatiques, l'ayurvéda et le yoga.

Naturellement, et bien avant de connaître ces termes, j'ai été choqué par l'appropriation culturelle et l'orientalisme. J'ai toujours cherché à découvrir et comprendre avant d'expliquer, sans jamais m'approprier ces cultures. Je n'utilise les mots sanskrits que lorsque c'est pertinent et justifié. Je n'enseigne ni ne chante de mantras sans les contextualiser, les traduire et en discuter les dimensions profondes.

La spiritualité, longtemps ma part incomprise, a mis du temps à se révéler à cause des nombreuses barrières imposées ou construites au fil du temps. Des chocs de vie m'ont permis de briser cette carapace ; une quête de plusieurs années m'a aidé à retirer les couches successives. Parfois, des batailles ont été nécessaires pour découvrir certaines vérités et trouver ma cohérence.

Je n'ai jamais cherché de guide – il me suffisait d'ouvrir les yeux et de dialoguer avec des inconnus. Les ashrams et les sectes ne m'ont jamais attiré. Je cherchais ma vérité, pas le décorum, le rituel ou la mise en scène. D'ailleurs, quand on s'intéresse un peu au sujet, on constate rapidement que ce qui est prêché contredit souvent la philosophie dont il prétend s'inspirer. La manipulation des biais cognitifs n'est pas nouvelle : prestidigitateurs et manipulateurs ont toujours existé, dans les temples, sur les marchés ou partout où se rassemble un public en quête de sens ou de produits.

Dans tout cela, ce que j'appelle la vraie spiritualité existe. Même si elle touche moins de monde que les pratiques de masse, elle existe et nous pouvons nous y retrouver. C'est celle où la quête est personnelle et où nous nous aidons mutuellement à mieux nous connaître pour construire des relations plus saines ensemble.

C'est grâce à tout ce cheminement que j'ai créé Fantasy Farm : pour y trouver ma cohérence avec la nature, car c'est elle qui me nourrit, me guide et me sauve au quotidien. J'ai fait cela seul – non par choix, mais parce que c'est ce qui était possible. J'ai eu de l'aide et j'ai invité, les portes n'ont jamais été fermées, mais un cadre devait être respecté : pas de tabac ni d'alcool, deux substances issues du monde patriarcal et de l'abus de consentement ; le végétarisme, non comme une contrainte mais comme un premier pas vers une meilleure gestion de nos ressources et le respect du vivant.

Toute personne est naturellement bienvenue à Fantasy Farm, sous différentes formes. Les notions de mixité et non-mixité sont complexes à définir car elles dépendent des perspectives. La non-mixité a du sens : elle permet de se retrouver entre soi dans un cadre adapté, sans radicaliser ni empêcher les contacts extérieurs, simplement pour créer un espace où être soi avec les siens.

Dans cette optique, en tant qu'homme gay naturiste non fondamentaliste, je souhaite que le lieu offre ce cadre naturiste entre hommes, répondant à certaines de mes aspirations. Mais cela peut en négliger d'autres, d'où mon besoin d'organiser aussi des temps inclusifs autour du féminisme dans un cadre anti-patriarcal.

Les stages de yoga et de massage réunissent mes deux vecteurs de vie : le travail sur soi et le soin. Ces activités peuvent se construire selon des démarches claires et cohérentes pour honorer ces deux parts de moi – celle de l'homme gay naturiste et celle de la personne qui se déconstruit et cherche à se reconnecter à la source naturelle, quelle qu'elle soit. Dans ces deux dimensions, je cherche l'unité, l'union – ce qu'est le YOGA.